Richesse des cultures pré-incaïques


Têtes de pierre du temple de Chavin de Huantar (Nord-Pérou)

Dès le 8e s. avant. J.-C., la culture de Chavín, première en date des grandes cultures "Formatives" établie dans la Cordillère centrale, étendit son influence jusqu'à la côte aride du Pérou. Cette civilisation au caractère magique et religieux profondément marqué, produisait des dessins et des céramiques très sophistiqués : son art sculptural est d'une telle originalité qu'on ne peut l'apparenter à rien d'autre dans le monde antique, bien que l'on puisse peut-être y deviner quelques influences mexicaines archaïques, ou même "protochinoises" d'après certains. C'est cette même culture de Chavin qui introduisit l'artisanat du bronze en Amérique du Sud.

Le site de Paracas, enseveli sous les sables d'une vaste presqu'île désertique, située au Sud de Lima, était absolument inconnu avant les découvertes de l'archéologue péruvien Julio C. Tello en 1925. En cet endroit cohabitent deux gisements archéologiques d'époques différentes, tous deux précédant l'ère chrétienne : celui de Paracas-Cavernas, caractérisé par des céramiques à décor profondément incisé, et celui dénommé Paracas-Necropolis, dont la découverte provoqua l'admiration des amateurs d'art. En effet, Julio C. Tello exhuma du désert plus de 400 fardos funéraires, momies typiquement péruviennes, habillées et empaquetées, qui livrèrent les plus somptueux tissus polychromes brodés qu'ait jamais produit une civilisation antique. Aux motifs de broderie d'un fantastique plein de mystère, s'ajoute un raffinement extrême dans la finesse du tissage et dans l'art de la teinture, puisque des spécialistes ont pu y dénombrer 190 nuances distinctes.


Tissu Paracas - Les lignes de Nazca : le "Colibri"

Les extraordinaires artisans de Paracas furent certainement à l'origine d'une très importante culture, on peut même dire une civilisation, celle de Nazca. Elle s'est développée dans une série de vallées situées plus au Sud, à distance de la côte. L'art de Nazca, qui semble s'être étendu du 3e au 10e siècle, s'est surtout distingué par d'émouvantes céramiques aux couleurs fraîches et variées, illustrant des animaux, surtout des poissons et des oiseaux, des plantes ou des sujets surnaturels ou mythiques. Ces poteries, ainsi que quelques objets et tissus furent pratiquement les seuls documents que l'on possédait sur cette brillante culture - qui était passée complètement inaperçue jusqu'au début du 20e siècle - jusqu'à la découverte par un aviateur, en 1936, des célèbres lignes de Nazca, tracées au milieu d'une pampa aride et caillouteuse, constituant un gigantesque et fabuleux observatoire astronomique à ciel ouvert, sur lequel ont été échafaudées par la suite bien des hypothèses et des élucubrations.

Vers la même période, mais cette fois sur la Côte Nord, apparaissait une extraordinaire culture, celle des Mochicas, qui réalisaient de magnifiques poteries de style "naturaliste". Les Mochicas sont les héritiers de plusieurs petits foyers culturels, nés sur la Côte et qui avaient déjà développé un art céramique assez élaboré : celles de Cupisnique, Gallinazo et surtout Vicús, laquelle avait prospéré entre 500 avant J.-C. et 500 après J.-C.
Avec un étonnant réalisme et surtout un style qui n'a jamais été dépassé par la suite, les Mochicas reproduisaient en effet sur des vases, de la vaisselle et des reliefs polychromes des plantes, des profils d'animaux, des portraits de personnages, des scènes de la vie quotidienne ainsi que leurs maladies et même leurs pratiques sexuelles dans les moindres détails - et le tout avec une saveur et un humour poussé parfois jusqu'à la caricature. Certaines d'entre elles sont de purs chefs-d'oeuvre.


Les potiers Mochicas se sont représentés eux-mêmes... (Photo GEO)

Les cultures de Nazca et de Moche correspondent à une phase d'éclosion des cultures régionales qui se manifeste principalement sur la côte entre 300 et 600. A côté de celles-ci, il faut mentionner celles de Chancay, remarquable pour ses poteries, Lima, Chincha et Ica. Dans la sierra, des cultures héritières de Chavin connaissent aussi leur apogée : Recuay, Santa (dans le Callejon de Huaylas), Cajamarca, Yarowilca (correspondant à la région de Huánuco) sans parler de l'impénétrable royaume des Chachapoyas, formidables bâtisseurs de citadelles cyclopéennes et de nécropoles funéraires perchées sur les a-pics vertigineux du Haut-Maranon...

Une importante révolution semble ensuite s'opérer dans les Andes, entre les 4e et 6e s. après J.-C. Bien différente des cultures du Nord et de la Côte centrale, la civilisation de Tiahuanaco, du nom du site archéologique aujourd'hui situé en territoire bolivien, se développe sur les bords du lac Titicaca, au milieu de l'altiplano, à près de 4000 m d'altitude. Le style de cette énigmatique civilisation se caractérise dans la céramique par l'apparition d'une esthétique et d'une technique nouvelles. Dans des poteries funéraires d'inspiration quasi abstraite et religieuse, le fond plat succède au fond convexe. Mais surtout, Tiahuanaco est remarquable pour l'émergence de l'art lithique monumental et par sa décoration, dont le plus fameux exemple est la stèle sculptée de la Porte du Soleil. On lui doit aussi sans doute l'apparition d'un concept religieux jusqu'alors inédit dans le monde andin : la notion d'un dieu supérieur, animateur du monde : Viracocha, que les incas reprendront plus tard à leur compte. Cependant, il demeure excessif de parler à son sujet de monothéisme, comme on voulu le faire croire par la suite les chroniqueurs espagnols, dans un but évidemment intéressé.

"L'horizon" de Tiahuanaco, dont la période classique date à peu près du 6e s. chancelle peu après sous la pression des peuples Aymaras, venus des hauts-plateaux du Sud bolivien, et se transforme en une civilisation expansionniste d'aspect plus guerrier, préfigurant déjà celle des incas. Elle essaime dans une grande partie du Pérou, d'abord dans la cordillère centrale près de l'actuelle Ayacucho et ensuite sur la côte, en propageant un style quelque peu dégradé, dit "tiahuanacoïde" ou "épigonal". Cette phase d'expansion dure jusqu'au 10e s. et semble s'être doté d'une importante structure politique et militaire : c'est la période dite Tiahuanaco-Huari ou encore "empire Wari".


Pièce de textile Wari

Juste avant l'essor de la civilisation Inca, la nation dominante au nord du Pérou était celle des Chimú, héritiers du territoire et de la tradition Mochica, mais aussi de la riche culture de Lambayeque, dite aussi Sicán. Ces pêcheurs et artisans, qui surpassaient tous leurs voisins dans le travail de l'or, contrôlaient la plus grande partie de la côte Pacifique Nord et avaient réussi à irriguer le désert. Liés à la mer et à ses rythmes, les Chimú vénéraient la Lune. La ville en pisé de Chan Chan, près de Trujillo, est le principal vestige de cette civilisation, mais aussi l'une des plus grandes cités préhispaniques d'Amérique (20 km2). Les Chimú furent finalement soumis par les Incas en 1450.

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