Guide du Pérou

La Cordillère Centrale :
2) Huancayo - Huancavelica - Ayacucho

Huancayo - Huancavelica : 150 km (5H en train) - Huancavelica - Ayacucho : 250 km (8 H de route, alt. maxi 4850 m)

Huancayo - Huancavelica par le "Tren macho"
Si l’on désire poursuivre le voyage vers Huancavelica en train, il faut se rendre à l’autre gare de Huancayo, la estación de Chilca, av. Leoncio Prado, cuadra 12, au sud de la ville (ouv. 9h-13h et 14h30-17h). La ligne Huancayo-Huancavelica (150 km) est la dernière ligne ferroviaire du secteur public en fonctionnement régulier au Pérou, avec tout le folklore qui va avec. L'express du matin part à 6h30 (5h de trajet) vers Huancavelica un jour sur deux (lundi, mercredi, vendredi). Les retours de Huancavelica se font les mardi, jeudi et samedi. On réservera de préférence ses places dans le wagon pompeusement baptisé "Buffet", équipé d'une cuisine et d'un bar qui servent plats et boissons à la demande, à tout moment du voyage. Le prix du billet est dérisoire : 13 sols, soit moins de 5 Euros! Le tarif est encore moins cher dans les wagons de classe économique, nettement moins confortables : les banquettes sont en bois et l'on sera vite enseveli sous le nombre des Indiens qui montent en se bousculant dans chaque petite gare du parcours.


A g. le pont colonial d'Izuchaca sur le Rio Mantaro - A dr. la gare du "Tren macho"à Huancavelica.

Dans la tradition locale, le "Tren Macho" doit son surnom humoristique au fait "qu'il part quand il veut, qu'il arrive quand il peut, mais qu'il arrive tout de même". Le trajet est magnifique : la voie ferrée longe l'étroit défilé creusé par le Rio Mantaro et traverse de pittoresques villages. A 79 km de Huancayo, on aperçoit à gauche le fameux Puente de Izcuchaca chargé d'histoire : d'abord pont suspendu établi par les incas, les Espagnols y construisirent la belle arche de pierre qui enjambe les flots du Mantaro (17e s.). Plus tard, il fut l'objet de combats pendant la guerre d'Indépendance. Après la bourgade-carrefour de Mariscal Caceres où bifurque la difficile route d'Ayacucho, la voie ferrée se sépare du Rio Mantaro et grimpe vers Huancavelica en se faufilant dans une étroite vallée surplombée d'énormes rochers. Dans la montée, le train fait encore halte à Acoria, pittoresque village surnommé "le paradis perdu", entouré de figuiers de barbarie et de fleurs de retama, et ensuite à Yauli (3385 m), réputé pour son artisanat textile et les couleurs vives de ses costumes traditionnels. Peu avant l'arrivée à Huancavelica, on découvre un paysage de pampa désertique aux herbes jaunes, dominée par des chaînes de hautes montagnes.

Huancavelica
40 000 hab. - alt. 3680 m - Lima : 520 km - Huancayo : 149 km
Cette petite ville de la Sierra Centrale du Pérou qui fut "refondée" par les Espagnols en 1571 sous l'impulsion du vice-roi Francisco de Toledo, sous le nom de Villa Rica de Oropesa, était célèbre au temps de la colonie pour ses mines d'argent et de mercure, notamment celle de Santa Barbara. Tous les ans, le mercure de Huancavelica était expédié vers le port de Chincha, puis vers celui d'Arica, et de là, transporté à Potosi à dos de lamas, pour permettre l'extraction par amalgame de l'argent des riches gisements locaux. Aujourd'hui encore, et sans doute grâce à son isolement, ce vieux centre industriel des 16e et 17e s. a conservé presque intact son aspect rustique de ville minière de l'époque coloniale, enserrée autour de ses énormes montagnes grises et rougeâtres qui semblent la défendre du reste du monde.

Sur la Plaza de Armas, faisant face à l'ancien cabildo (municipalité) datant de la colonie, la robuste façade de la cathédrale (17e s.), impressionne par le contraste offert entre ses deux tours blanches séparées par un imposant portail baroque sculpté en pierre volcanique rouge. Elle renferme un somptueux mobilier : les bas-côtés sont ornés de magnifiques retables baroques en bois sculpté. Le très haut retable du maître-autel, entièrement recouvert de feuilles d'or, compte parmi les chefs-d'oeuvres d'art colonial du Pérou. Au fond du bas-côté droit, un immense tableau de l'école de Cuzco (près de 4 m de large sur 6 m de haut) représente le Jugement Dernier, avec les trois étages du Paradis, des âmes du Purgatoire et de l'Enfer.
Trois cuadras à l'ouest de la place, on parvient à la charmante petite Plaza Bolognesi, bordée de veilles maisons coloniales à balcons de bois, où se dressent deux autres églises intéressantes : San Francisco (seconde moitié du 18e s.) qui ne compte pas moins de 11 retables en bois sculpté et San Sebastián, à la sobre façade Renaissance (milieu du 17e s.) qui renferme un somptueux plafond à caissons décoré à la feuille d'or.
Il est à noter que sur le parvis surélevé de l'église San Francisco, à lieu tous les ans, les 24 et 25 décembre, l'Atipanacuy ou "contapunto" qui est le grand concours des Danzantes de Tijeras (danseurs de ciseaux), l'une des chorégraphies traditionnelles les plus étonnantes du Pérou, particulière à la région de Huancavelica : au rythme de la harpe et du violon, deux danseurs richement vêtus et parés d'un immense chapeau multicolore s'affrontent dans des sauts et des cabrioles où la force se combine à l'agilité, sans jamais cesser de faire claquer une grande paire de ciseaux.
Au nord de la place, en poursuivant le Jirón Manco Capac, on franchit un pont sur le Rio Ichu. De là, un bel escalier orné de statues conduit aux sources thermales de San Cristobal qui alimentent deux belles piscines aux eaux sulfureuses, où l'on peut se baigner en dominant toute la ville.


Cathédrale de Huancavelica - Groupe de "danzantes de tijeras" à Huancavelica (photo Documental Perú)

Fêtes :
Atipanacuy (24-25 décembre) : concours des danseurs de ciseaux sur le parvis de l'église San Francisco.
Fête des Rois (6 janvier) : entrée des Rois Mages à cheval qui parcourent le centre de la ville, accompagné de leurs "esclaves" à partir de l'église de San Francisco jusqu'à la Plaza de Armas.
Fête du Niño Perdido (14-15 janvier) : le 14, mimodrame joué par des danseurs masqués sur la plaza Santo Domingo. Le 15, sortie de l'Enfant jésus accompagne de la Vierge et de saint Joseph; procession avec des danseurs déguisés en "negritos".
Fête de San Sebasti
án (20 janvier) : bataille simulée de "Moros y Cristianos" à cheval, avec masques, costumes et danses.
Semaine touristique de Huancavelica : fin septembre-début octobre.

La légende du « Niño Perdido »
A l’époque de la colonie, dans une lointaine hacienda de Chincha, près de la côte, un gamonal (propriétaire terrien) cherchait partout son jeune enfant qui s’était égaré dans la montagne. Il ordonna à son « caporal » (ou intendant) de mobiliser tous les esclaves noirs de l’hacienda pour partir à sa recherche.
Le caporal et les noirs se mirent en route et cheminèrent pendant des jours sans rien trouver ; ils s’étaient peu à peu éloignés de la côte et s’approchaient de la sierra, lorsqu’un matin, ils aperçurent, sur la crête d’un cerro, la silhouette d’un enfant qui semblait leur faire signe.
Le caporal et ses hommes se précipitèrent vers cet endroit : l’enfant avait disparu ! Ils poursuivirent leur chemin vers les cimes glacées des nevados de Portachuelo et Chonta : de temps à autre, ils apercevaient l’enfant qui leur faisait signe et semblait prendre un malin plaisir à leur échapper. Transis de froid, les esclaves noirs voulurent faire marche arrière, mais le caporal les retint en les menaçant des coups de fouets du patron, s’ils venaient à faillir à leur mission.
Épuisés et morts de faim, en proie au mal des montagnes, les pauvres noirs franchirent la cordillère et finirent par arriver à Huancavelica où ils s’effondrèrent de fatigue sur le perron de l’église de Santo Domingo. Comme ils étaient très pieux, ils voulurent recevoir la bénédiction du curé de cette paroisse et lui demandèrent d’assister à la messe. En entrant dans l’église, ils restèrent frappés de stupeur : l’enfant qu’ils avaient tant cherché était juché dans la niche d’un retable et leur souriait. Les esclaves de Chincha se mirent à genoux et rendirent grâce à Dieu en entonnant des cantiques dans leur langue. La légende du « Niño Perdido » était née.
Elle se perpétue aujourd’hui lors de la fête du même nom qui a lieu à la mi-janvier, où l’on peut assiter à la fameuse « danse de los negritos» pour laquelle les participants s’affublent de riches costumes et de masques noirs, en souvenir des souffrances endurées jadis par les esclaves noirs des haciendas de la côte péruvienne.


Circuit du mercure : excursion aux mines de Santa Barbara
Circuit guidé de 40 km au sud de Huancavelica (1/2 journée). Alt. 4200 m. Information et inscriptions au Bureau de tourisme municipal sur la Plaza de Armas.
Cette excursion permet de comprendre l'importance de l'activité minière dans la région de Huancavelica à l'époque coloniale. Les tristement célèbre mines de Santa Barbara, qui furent surnommées les "mines de la mort" (on estime le nombre d'Indiens ayant succombé aux maladies et aux mauvais traitements dans ses galeries à plus de 10 000 pendant plus de deux siècles), furent exploitées à partir de 1566 après qu'un natif du lieu ait révélé à l'encomendero espagnol Amador Cabrera, l'existence d'anciennes mines de mercure déjà exploitées au temps des Incas. Au début du 17e s., c'était l'une des plus vastes du monde, s'étendant sur des dizaines de km et comptant trois grandes galeries principales dénommées "Chacaltana", "San Francisco" et "Santa Barbara" dans laquelle, dit-on, on pouvait circuler à cheval. Le socavón ou galerie dite "Belén" (510 m de long) qui fut commencée en 1601, ne fut achevée que quarante ans plus tard. On y trouvait aussi des ruelles, des placettes et plusieurs chapelles, sans compter les cimetières... En 1786, un éboulement y fit plusieurs centaines de victimes, Indiens et Espagnols mêlés.


A g. : entrée (condamnée) de la mine de Santa Barbara (photo Huancavelica Noticias)
à dr. dessin du chroniqueur Guaman Poma (16e s.) représentant Huancavelica et ses mines.

A près de 4200 m d'alt. dans un paysage grandiose et désolé, uniquement minéral, le circuit actuel fait dabord découvrir la mine à ciel ouvert de San Javier (plus tardive) avant d'arriver devant la porte d'entrée de la mine coloniale, aujourd'hui condamnée. Cette entrée était celle du (galerie) Belén. Au-dessus de celle-ci, on discerne, gravé dans la pierre, le blason du roi Carlos III d'Espagne, que surmonte une sculpture à demi-effacée représentant San Cristobal (saint Christophe). Tout près, les installations de la mine moderne (datant du 19 e s.) se délabrent dans un lugubre abandon. Elle fonctionna jusqu'en 1975 avant de fermer ses portes après l'épuisement du filon. On a calculé sa production totale à 52 000 tonnes de mercure sur 450 ans d'activité (époque coloniale et républicaine incluses).
De la vieille mine, un sentier mène aux ruines du village colonial de Santa Barbara (lui aussi définitivement abandonné pendant la guérilla du Sentier Lumineux). Ce n'est désormais qu'un village fantôme plongé dans une émouvante solitude où l'on entend plus que le sifflement du vent, mais le nombre de murs en pierres sèches restant encore debout indique qu'il devait être très densément peuplé. Sur la place, s'élève l'imposante église coloniale du 17e s. (restaurée) qui est une réplique de moindres dimensions de la cathédrale de Huancavelica, avec ses tours blanches et un beau portail baroque sculpté en pierre volcanique rouge. Elle présente, sur le côté orienté vers la place, une galerie couverte à piliers de bois laissant supposer qu'elle servait de tribune pour assister à des spectacles ou des courses de taureaux.

Après une rude descente en lacets, la route de retour à Huancavelica traverse le pittoresque village de Saccsamarca, dominé de toutes parts par d'énormes formations rocheuses, typique par ses maisons traditionnelles de pierres sèches et son délicieux petit pont de l'époque coloniale.


vers Ayacucho, par Santa Inés
La chose n’est pas facile mais vaut la peine d’être tentée : le trajet Huancavelica-Ayacucho par Santa Inès (317 km) traverse des paysages de toute beauté, dont l'altiplano de Pucapampa, le franchissement de la Cordillera de Chonta par le col du même nom (4853 m) et les magnifiques lagunas de Choclococha et Orcococha, fréquentées par des troupeaux de lamas et d'alpagas. Ce haut-plateau est d'ailleurs appelé la "région des lacs", la plupart étant reliés entre eux par des rivières souterraines qui donnent naissance au Rio Pampas, affluent de l'Apurimac. Entre les deux lacs, se trouve le petit village de Santa Inés (77 km de Huancavelica) d'où part à dr. une route (assez mauvaise) redescendant vers Pisco par Castrovirreyna et à g. une autre vers Rumichaca, situé au carrefour de la route Pisco-Ayacucho dénommée Via de los Libertadores (125 km) où l’on attendra un bus montant de Lima vers Ayacucho (115 km plus loin). Plus haut, le point culminant de cette route est l'Abra de Apacheta (4750 m) où les rochers se parent des couleurs fantastiques de l'arc-en-ciel et où court une rivière aux eaux violettes : ce paysage extraordinaire est dû à certains oxydes qui en font une curiosité géologique de premier ordre.


A g. les parages déolés de l'Abra Chonta - à dr. vue de la laguna de Choclococha

... ou par Lircay
On peut faire plus court en allant jusqu’à Lircay (3h de route pour 65 km !) puis tenter la mauvaise piste qui descend vers Ayacucho, à 140 km de là (beaucoup plus hasardeuse et nettement moins fréquentée). Mais il faudra encore changer de véhicule à Julcamarca, petit village situé à mi-chemin entre Lircay et Ayacucho. Compter une bonne journée pour réaliser ce périple.

... ou par Huanta
La troisième option est de revenir en arrière, jusqu’à Mariscal Caceres (bourgade également dénommée La Mejorada) pour reprendre à dr. la route 3S qui relie directement Huancayo à Ayacucho, via La Esmeralda, Mayocc et Huanta. Elle est fréquentée par quelques compagnies d’autobus régionaux qui font halte à cet endroit et mettent entre 8 et 10h pour couvrir les 235 km du parcours!
Cette route spectaculaire mais très difficile, voire dangereuse (elle fut pendant longtemps à sens alterné un jour sur deux pour éviter les accidents) surplombe la rive droite du Rio Mantaro et offre une succession de vues à couper le souffle sur les précipices et les paysages grandioses de cette section - très tourmentée - de la Cordillère centrale. 50 km avant Ayacucho, on découvre avec enchantement la chaude et verdoyante vallée de Huanta, où la route redevient asphaltée et nettement moins accidentée.

voir la page : Ayacucho et sa région


Page d'Accueil / Géographie et climats / Index des curiosités et sites / Carnet pratique / Livres


Pour en savoir plus sur les civilisations de l'ancien Pérou, consultez le...

©Daniel DUGUAY
dduguay@club-internet.fr